Cortaderia selloana : De plante invasive à ressource durable

L'Herbe de la pampa : Une décoration invasive

La Cortaderia selloana, un potentiel insoupçonné

La Cortaderia selloana (herbe de la pampa) fait partie de ces espèces végétales qui divisent l’opinion. Finalement reconnue comme plante invasive dans de nombreuses régions et même, interdite par la loi, la Cortaderia selloana nécessite une gestion rigoureuse pour limiter sa propagation. Pourtant, cette graminée ornementale cache un potentiel de valorisation qui mérite d’être étudié.

Nous avions développé ses origines et ses modes de propagation lors de notre précédent article. Désormais, nous allons nous pencher sur sa valorisation dans les biocarburants, les matériaux composites ainsi que la phytorémédiation.

 

Valorisation en Biocarburants : Une Filière Prometteuse

Composition chimique favorable de la Cortaderia selloana

La biomasse de l’herbe de la pampa présente une composition particulièrement intéressante pour la production de biocarburants.
En effet, elle contient des quantités importantes de :

  • Cellulose : polysaccharide structurel facilement convertible
  • Hémicellulose : sucres complexes valorisables énergétiquement
  • Lignine : composé organique à haut pouvoir calorifique

Les voies possibles 

Ainsi, plusieurs voies de transformation peuvent être envisagées avec la Cortaderia selloana.
Tout d’abord la pyrolyse va effectuer une
décomposition thermique de la biomasse qui permet d’obtenir du biocharbon, une forme de charbon végétal utilisable comme amendement des sols ou comme combustible solide.

Le biocharbon est utilisé notamment comme combustible, comme amendement agricole et comme agent de purification des eaux.

Site du Ministère de la culture

Ensuite, la fermentation. Les sucres issus de l’hydrolyse de la cellulose et de l’hémicellulose peuvent être fermentés pour produire du bioéthanol, un carburant liquide renouvelable.
Enfin, la méthanisation. En effet, la structure fibreuse de la Cortaderia selloana facilite sa transformation en biogaz, offrant une source d’énergie renouvelable pour la production d’électricité ou de chaleur. Cette piste n’a été évoquée que dans une étude, et mérite de faire l’objet d’autres recherches pour approfondir le sujet.

 

La Cortaderia selloana dans les matériaux composites écologiques

Propriétés mécaniques remarquables

Les fibres naturelles extraites de la Cortaderia selloana présentent des caractéristiques mécaniques comparables à celles d’autres fibres végétales reconnues.
De ce fait, elles offrent une résistance à la traction similaire à celle du lin ou du chanvre, une structure cellulosique stable garantissant une bonne durabilité, ainsi qu’une légèreté appréciable qui favorise les applications nécessitant un rapport résistance/poids élevé.

Cortaderia selloana

Secteurs d’application de la Cortaderia selloana

Les fibres de l’herbe de la pampa peuvent remplacer partiellement les composants synthétiques dans plusieurs industries :

  • Industrie automobile : Intégration dans les panneaux de porte, tableaux de bord ou habillages intérieurs pour réduire l’empreinte carbone des véhicules.
  • Construction et bâtiment : Utilisation comme renfort dans les matériaux composites pour l’isolation, les panneaux structurels ou les éléments décoratifs.
  • Design et mobilier : Création de mobilier écologique et d’objets design valorisant les matériaux biosourcés.
  • L’utilisation de ces fibres permet de diminuer l’empreinte carbone des produits finis tout en offrant des propriétés techniques satisfaisantes.

 

Phytoremédiation : Dépolluer naturellement les sols et les eaux

Capacité d’absorption des polluants de la Cortaderia selloana

Le système racinaire dense et profond de l’herbe de la pampa lui confère des propriétés en matière de phytoremédiation. Ainsi, grâce à cette structure, les métaux lourds comme le plomb, le zinc, le cuivre ou le cadmium peuvent être extraits des sols contaminés. La Cortaderia selloana peut également absorber du bleu de méthylène et d’autres polluants organiques comme les hydrocarbures.

Ces propriétés en font une candidate sérieuse pour des applications dans la gestion durable des effluents industriels et la dépollution écologique. Avec par exemple, l’installation de stations de phytoremédiation pour filtrer naturellement les eaux usées avant leur rejet. 

 

Conclusion

La valorisation de l’herbe de la pampa ne signifie pas d’encourager sa prolifération. Au contraire, elle s’inscrit dans une stratégie de gestion organisée et optimisée qui engage de :

  1. Cartographier et surveiller les populations existantes.
  2. Contrôler l’expansion par des méthodes appropriées (arrachage, coupe avant floraison).
  3. Récolter de manière ciblée cette biomasse dans les zones où l’éradication est nécessaire.
  4. Enfin, valoriser la matière récoltée selon les filières disponibles localement.

L’herbe de la pampa (Cortaderia selloana) illustre parfaitement comment une approche innovante peut transformer un défi environnemental en opportunité de développement durable. Sa valorisation en biocarburants, matériaux composites ou pour la phytoremédiation démontre qu’il est possible de concilier gestion des espèces invasives et économie circulaire.

 

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📖 Explorez notre carrousel

Pour découvrir les origines de cette plante invasive , cliquez sur la première image pour ouvrir le carrousel. Ensuite, faites défiler les pages pour apprendre les caractéristiques de l’herbe de la Pampa.

Bonne lecture ! ​🔎​

Voici les sources qui nous ont permis de réaliser cette étude de cas :

  • Anish Khan & al. « Characterization of Natural Fibers from Cortaderia selloana Grass Pampas as Reinforcement Material for the Production of the Composites. » ResearchGate. [lien]
  • Practical Plants. (4 mai 2013). Cortaderia selloana. [lien]
  • Ning, P., Yang, G., Hu, L., Sun, J., Shi, L., Zhou, Y., Wang, Z., & Yang, J. (2021). Recent advances in the valorization of plant biomass. Biotechnology for Biofuels, 14, Article 102. [lien]
  • Da Costa & al.  Biorefining potential of wild‑grown Arundo donax, Cortaderia selloana and Phragmites australis and the feasibility of white‑rot fungi‑mediated pretreatments. Frontiers in Plant Science, 12, Article 679966. [lien]

Si cet article vous intéresse n’hésitez pas à faire un tour sur nos autres recherches de plantes invasives : La balsamine de l’Himalaya ou encore Le Séneçon du cap !