Jussie à grandes fleurs : une plante invasive ?

La Jussie à grandes fleurs : Etude sur son caractère invasif

Cette semaine, nous vous proposons de découvrir la Jussie à grandes fleurs (Ludwigia) 🏵️, une plante fascinante et envahissante. On la rencontre souvent le long des cours d’eau ou dans les zones humides, où elle peut rapidement former des tapis denses qui concurrencent la végétation locale. Cette capacité de prolifération en fait une espèce exotique envahissante, dont la gestion reste un défi important pour les écosystèmes aquatiques.

Les origines de la Jussie à grandes fleurs

Originaire d’Amérique du Sud, la Jussie à grandes fleurs a été introduite en France au début du XIXe siècle pour ses qualités ornementales. Ses grandes fleurs jaunes vives et son feuillage dense séduisaient les jardiniers de l’époque. Mais comme souvent avec les plantes exotiques, elle ne s’est pas contentée de rester sagement dans les jardins.

La plante a rapidement trouvé dans nos zones humides des conditions idéales pour se développer : eaux peu profondes, faible courant, berges et prairies humides. Elle y prolifère aujourd’hui sans limite naturelle. Dans la région Grand-Est, elle est observée dans six départements et considérée comme une espèce exotique émergente, c’est-à-dire qu’elle commence tout juste à poser problème, mais avec un potentiel de colonisation inquiétant.

Une stratégie de conquête redoutable

Ce qui rend la Jussie particulièrement envahissante, c’est sa capacité de reproduction végétative. Contrairement à d’autres plantes qui dépendent de leurs graines, elle se propage principalement par bouturage : le moindre fragment de tige cassé peut donner naissance à un nouveau pied. Ajoutez à cela des rhizomes résistants qui survivent tout l’hiver, et vous obtenez une plante quasi impossible à éliminer.

Dès le printemps, les premières rosettes de feuilles émergent et la colonisation reprend. En quelques mois, la Jussie forme des herbiers monospécifiques si denses qu’ils modifient complètement l’écosystème local. Ces tapis végétaux bloquent la lumière et limitent la diffusion de l’oxygène dans l’eau, créant un milieu anoxique hostile à la vie aquatique. Les espèces indigènes, privées de lumière et d’oxygène, disparaissent progressivement, entraînant une chute dramatique de la biodiversité locale.

jussie à grandes fleurs

La Jussie à grandes fleurs et ses molécules qui changent la donne

Mais voilà où l’histoire devient intéressante. Depuis quelques années, des chercheurs se penchent sur la composition biochimique de la Jussie, et les résultats sont surprenants. Une étude menée par Guillaume Hamion et son équipe en 2022 a révélé que certains extraits de Jussie possèdent une activité remarquable contre les biofilms bactériens mixtes, notamment ceux formés par Staphylococcus aureus et Candida albicans. Ces biofilms sont particulièrement problématiques en milieu hospitalier car ils résistent aux traitements antibiotiques classiques.

Les travaux d’Imen Smida (2014, 2018) ont confirmé ces propriétés antibactériennes et mis en évidence des capacités antioxydantes significatives. Certains extraits de feuilles de Jussie montrent même des propriétés anti-acné et cytotoxiques prometteuses. La revue complète publiée en 2023 par Enas Shawky conclut que le genre Ludwigia dans son ensemble représente un réservoir de diversité phytochimique largement sous-exploité.

En clair : cette plante que nous arrachons par tonnes produit des molécules potentiellement aussi efficaces que certains composés pharmaceutiques.

La gestion de la Jussie à grandes fleurs : un défi technique

Gérer la Jussie à grandes fleurs demande de la rigueur et de la patience. L’arrachage manuel reste la méthode la plus efficace, mais elle nécessite des précautions strictes. Des filets doivent être installés en amont et en aval de la zone d’intervention pour capturer le moindre fragment de tige, car chaque morceau laissé dans l’eau peut recoloniser le milieu.

Les plantes arrachées doivent être entreposées sur des bâches étanches, transportées dans des sacs hermétiques, puis séchées avant traitement. Des expérimentations en étang montrent qu’avec des interventions précoces et répétées, on peut enrayer la prolifération en deux ans d’arrachage intensif. Le timing est crucial : intervenir avant que les rhizomes ne soient trop profondément implantés fait toute la différence.

Et après l’arrachage ? Le grand gâchis

Aujourd’hui, toute cette biomasse récoltée est simplement asséchée puis traitée comme un déchet standard. Des tonnes de matière végétale gorgée de molécules bioactives partent à la décharge, sans aucune valorisation. C’est précisément là que PROFILIA voit une opportunité.

Pourquoi ne pas transformer ce problème environnemental en ressource ? La biomasse de la Jussie à grandes fleurs pourrait être valorisée de multiples façons : extraction de principes actifs pour la cosmétique ou la pharmacie, production de co-produits pour l’agriculture, ou encore intégration dans des filières de bioéconomie circulaire. Au lieu de payer pour s’en débarrasser, les gestionnaires d’espaces naturels pourraient potentiellement en tirer une valeur économique.

Vous gérez des espaces colonisés par des plantes invasives ? Vous souhaitez explorer leur potentiel de valorisation ? Contactez nos experts en bioprospection végétale pour transformer ces défis écologiques en opportunités d’innover.

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Pour découvrir les origines de cette plante , cliquez sur la première image pour ouvrir le carrousel. Ensuite, faites défiler les pages pour apprendre toutes les propriétés de la Jussie à grande fleurs et ses usages.

Bonne lecture! ​🔎​

Voici les sources qui nous ont permis de réaliser notre étude de cas :

  • Guillaume Hamion & al. Valorization of Invasive Plant Extracts against the Bispecies Biofilm Staphylococcus aureus–Candida albicans by a Bioguided Molecular Networking Screening. 2022 [lien]
  • Imen Smida & Al. Antibacterial properties of extracts of Ludwigia peploides subsp.montevidensis and Ludwigia grandiflora subsp. hexapetala during theircycle of development. 2014 [lien]
  • Enas M. Shawky, Mohamed R. Elgindi, Mostafa H. Baky. Phytochemical and biological diversity of genus Ludwigia: A comprehensive review. 2023 [lien]
  • Smida I, Sweidan A, Souissi Y, Rouaud I, Sauvager A, Torre F, Calvert V, Le Petit J and Tomasi S. Anti-Acne, Antioxidant and Cytotoxic Properties of Ludwigia peploides Leaf Extract. 2018 [lien]

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