💬 L'article en bref
- L'ortie est une fibre textile utilisée depuis la Préhistoire, progressivement remplacée par le coton avec l'industrialisation.
- Le coton, modèle dominant, est aujourd'hui insoutenable : 2 500 litres d'eau par t-shirt, sols pollués, dépendance aux importations.
- Le lin et le chanvre ouvrent une première voie alternative, mais la région Grand Est parie sur une troisième fibre : l'ortie.
- Des acteurs locaux tel que Agria Grand Est, Lort’innov et PROFILIA travaillent aujourd'hui à construire cette filière, de la culture au laboratoire.
On l'arrache. On s'en méfie. On lui reproche de piquer.
Et pourtant, l'ortie est là, partout, depuis toujours au bord des chemins, dans les jardins, en lisière de forêt. Certains en font des soupes, des infusions, des remèdes. Une façon de lui redonner une utilité, de ne plus la voir comme une nuisance.
Mais et si on pouvait aller encore plus loin ?
L'histoire de L'ortie
L’ortie a longtemps été utilisée comme plante textile en Europe. En effet, dès le Moyen Âge, ses fibres étaient transformées en fils, toiles, cordages, vêtements de travail et voiles. Sa présence a ensuite été reléguée au rang de "mauvaise herbe" notamment à cause de son caractère urticant.
Aujourd’hui, l’ortie textile connaît une redécouverte dans le cadre de la transition écologique, car ses fibres libériennes sont naturellement résistantes, respirantes, absorbantes et biodégradables, tout en nécessitant peu d’eau et peu d’intrants à la culture.
Dans cet article, nous retraçons l'évolution du coton, du lin et du chanvre dans la filière textile.
Au fil de nos recherches nous apprenons pourquoi l'ortie a sa place et comment est-ce qu'elle peut devenir un acteur incontournable de cette industrie.
Pour aller encore plus loin, retrouvez notre étude de cas qui met en lumière les biomolécules de l'ortie, et son intérêt dans les milieux de la nutraceutique et cosmétique.
🔎 Quelques chiffres...
- Il faut environ 10 000 litres d'eau pour produire 1 kg de fibres de coton,
- Soit 2 500 à 3 000 litres pour un t-shirt classique de 250 grammes (ALEC, 2022) nécessaires à la fabrication d'un seul t-shirt.
Nous faisons face à des lacs asséchés et des sols pollués par des intrants chimiques. Le coton n'apparaît plus comme un modèle viable dans le cadre de la transition écologique en cours.

Ministère de la Transition écologique
Des alternatives plus naturels : Le lin et le chanvre
Face à ce constat, le lin et le chanvre s'imposent comme des alternatives végétales reconnues. Ancrées dans une longue histoire, leurs usages remontant à l'Égypte antique, ces fibres sont aujourd'hui plébiscitées pour leur faible impact environnemental : leur culture ne nécessite que l'eau de pluie et ne requiert aucun intrant chimique. La France est d'ailleurs le premier producteur mondial de lin et de chanvre, avec des exploitations concentrées principalement dans les Hauts-de-France.

Cependant, cette concentration géographique dans les Hauts de France rend la filière vulnérable. Effectivement, si cette région venait à subir des aléas climatiques, cela fragiliserai la souveraineté textile française.
Afin de réduire la dépendance à ces deux fibres et de diversifier son tissu industriel, la région Grand Est souhaite développer une troisième filière de fibre végétale dans l'Est de la France : l'ortie.
L’ortie comme diversification de la production
L'ortie présente en effet une caractéristique précieuse : comme le chanvre, elle se valorise intégralement, de la racine jusqu'à la feuille. Sa tige est mobilisée pour la production textile, tandis que le reste de la plante peut être exploité dans d'autres secteurs comme la nutraceutique, la cosmétique, et potentiellement dans des applications encore à identifier.
Quelques initiatives ponctuelles montrent que l'ortie textile n'est pas qu'un concept abstrait :
- L'entreprise alsacienne Emanuel Lang (groupe Velcorex), basée à Hirsingue, travaille déjà la fibre d'ortie, mais en l'important pour l'instant du Népal, faute de filière française suffisamment développée.
- En Allemagne, une usine à Lüchow produit depuis plusieurs années des textiles en mélange ortie pour le linge de maison et l'habillement.
Le groupe Velcorex propose même un tissu 100 % ortie, qui équipe des marques haut de gamme comme Agnès B., Hugo Boss, Armani ou Max Mara.
Ces exemples confirment une chose : la fibre d'ortie fonctionne techniquement et trouve déjà des débouchés commerciaux haut de gamme. Ce qui manque aujourd'hui, c'est une filière structurée à l'échelle industrielle, made in France.
Fibre d'ortie, crédit : Muriel BARBIER-BOILEAU
Pourquoi la filière française n'existe pas encore ?
La culture à grande échelle reste à inventer. Contrairement au lin ou au chanvre, il n'existe pas encore de variété d'ortie optimisée pour une exploitation agricole intensive, ni de pratiques culturales éprouvées sur de grandes surfaces.
Le défibrage est un point de blocage majeur. Les machines existantes, conçues pour le coton ou le chanvre, ne sont pas adaptées à la structure de la fibre d'ortie.
Les volumes ne sont pas encore au rendez-vous. Passer de quelques hectares expérimentaux à une production capable d'alimenter des usines textiles suppose un changement d'échelle qui n'a, à ce jour, été réalisé nulle part en Europe. La filière manque aujourd'hui de fournisseurs en France comme à l'échelle européenne, ce qui implique de bâtir des structures capables d'assurer à la fois la production agricole et la transformation industrielle.
Ainsi, l'ortie est d'intérêt mais le manque de structuration de la filière retarde son exploitation. Le lin et le chanvre quant à eux, reste des alternatives fidèles au Coton qui devient trop energivore.
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L'ORTIE
Zéro intrant, se régénère naturellement.
Mais un procédé de défibrage encore à maîtriser et une filière industrielle à construire.
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LE COTON
Fibre dominante et facile à transformer.
Mais des sols pollués et une dépendance aux importations qui ne tient plus.
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LE LIN ET LE CHANVRE
Culture sobre, eau de pluie uniquement, France premier producteur mondial.
Une filière reconnue mais encore concentrée géographiquement.
Ce que L'Ortinnov cherche à résoudre
C'est exactement l'objet du travail mené dans la région du Grand Est par LORT' INOV, piloté par Agria Grand Est
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Dans ce cadre, PROFILIA participe aux côtés de nombreux partenaires au développement de cette filière, en apportant son expertise en analyse de biomolécules végétales. Ensemble, ces acteurs œuvrent à l'insertion de l'ortie dans la sphère agricole et industrielle du Grand Est
Conclusion
L'ortie n'est pas encore une filière. Mais elle est en train de le devenir.
Ce qui semblait relever du anecdotique, une plante sauvage qu'on arrache de nos jardins, prend aujourd'hui une tout autre dimension. Face à une industrie du coton insoutenable et une dépendance croissante aux importations, la recherche de fibres alternatives n'est plus une question mais une nécessité.
Le lin et le chanvre ont ouverts la voie. L'ortie pourrait aller plus loin encore, non seulement comme fibre textile, mais aussi comme plante intégralement valorisable, de la tige jusqu'à la racine, dans des secteurs aussi variés que le nutraceutique, la cosmétique et bien d'autres à découvrir.
Il reste des obstacles. La culture à grande échelle, le défibrage, les volumes. Mais c'est précisément le rôle du projet LORT'INNOV que de transformer ces freins en solutions.
PROFILIA a tout à y gagner en valorisant cette plante dans son intégralité. Le laboratoire nous dira comment utiliser les coproduits issus du défibrage, dans une démarche circulaire.
📖 Curieux de savoir comment Flavien, notre ingénieur R&D, travaille l'ortie au laboratoire ? -> Lien
Bibliographie
Rouvier, S. (2022, 15 mai). 2700 litres d'eau dans mon t-shirt ! ALEC Lyon. https://www.alec-lyon.org/2700-litres-deau-dans-mon-t-shirt/
Dumont, J. (2025, 20 septembre). Nous accompagnons la filière ortie dans le textile avec le business model de l'entreprise régénérative. Nous Sommes Vivants. https://noussommesvivants.co/nous-accompagnons-la-filiere-ortie-dans-le-textile-avec-le-business-model-de-lentreprise-regenerative/
Deceuninck, A. (2025, 17 mars). L'ortie : une filière émergente prometteuse pour la bioéconomie. Chambres d'agriculture des Hauts-de-France. https://hautsdefrance.chambres-agriculture.fr/actualites/actualite/lortie-une-filiere-emergente-prometteuse-pour-la-bioeconomie
L'Ortinnov. (s.d.). Biomolécules. https://lortinnov.com/biomolecules/
Ministère de la Transition écologique. (s.d.). Ecobalyse : calculez le coût environnemental de vos vêtements. Notre-Environnement.gouv.fr. https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/ecobalyse-calculez-le-cout-environnemental-de-vos-vetements

