Développer une nouvelle filière de l'ortie sur le territoire du Grand Est
L’ortie commune (Urtica dioica) est utilisée depuis la Préhistoire pour la fabrication de textiles, de filets de pêche et à des fins médicinales.
Le coton pour répondre à une forte demande
Avec l’avènement de l’ère industrielle, le coton importé l’a progressivement supplanté, devenant moins coûteux et plus facilement exploitable grâce aux grandes plantations et au développement du commerce international. Les industriels ont même eu recours à la modification génétique de la plante afin d’en augmenter les rendements et d’en faciliter la culture. Le coton est ainsi devenu un acteur incontournable de l’industrie textile mondiale.
Cependant, cette filière pose aujourd’hui de sérieux problèmes environnementaux. Il faut environ 10 000 litres d’eau pour produire 1 kg de fibres de coton, soit 2 500 à 3 000 litres pour un t-shirt classique de 250 grammes (ALEC, 2022) nécessaires à la fabrication d’un seul t-shirt. Nous faisons face à des lacs asséchés et des sols pollués par des intrants chimiques. Le coton n’apparaît plus comme un modèle viable dans le cadre de la transition écologique en cours.

Ministère de la Transition écologique
Des alternatives plus naturels : Le lin et le chanvre
Face à ce constat, le lin et le chanvre s’imposent comme des alternatives végétales reconnues. Ancrées dans une longue histoire, leurs usages remontant à l’Égypte antique, ces fibres sont aujourd’hui plébiscitées pour leur faible impact environnemental : leur culture ne nécessite que l’eau de pluie et ne requiert aucun intrant chimique. La France est d’ailleurs le premier producteur mondial de lin et de chanvre, avec des exploitations concentrées principalement dans les Hauts-de-France.

Afin de réduire la dépendance à ces deux fibres et de diversifier son tissu industriel, la région Grand Est souhaite développer une troisième filière de fibre végétale : l’ortie. Longtemps cantonnée au statut de plante sauvage, elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt dans le contexte de la transition environnementale.
L’ortie comme diversification de la production
L’ortie présente en effet une caractéristique précieuse : comme le chanvre, elle se valorise intégralement, de la racine jusqu’à la feuille. Sa tige est mobilisée pour la production textile, tandis que le reste de la plante peut être exploité dans d’autres secteurs : nutraceutique, nutrition animale, et potentiellement dans des applications encore à identifier.
Quelques initiatives ponctuelles montrent que l’ortie textile n’est pas qu’un concept abstrait. L’entreprise alsacienne Emanuel Lang (groupe Velcorex), basée à Hirsingue, travaille déjà la fibre d’ortie, mais en l’important pour l’instant du Népal, faute de filière française suffisamment développée. En Allemagne, une usine à Lüchow produit depuis plusieurs années des textiles en mélange ortie pour le linge de maison et l’habillement.
Le groupe Velcorex propose même un tissu 100 % ortie, qui équipe des marques haut de gamme comme Agnès B., Hugo Boss, Armani ou Max Mara.
Ces exemples confirment une chose : la fibre d’ortie fonctionne techniquement et trouve déjà des débouchés commerciaux haut de gamme. Ce qui manque aujourd’hui, c’est une filière structurée à l’échelle industrielle, made in France.
Fibre d’ortie, crédit : Muriel BARBIER-BOILEAU
Pourquoi la filière française n’existe pas encore
La culture à grande échelle reste à inventer. Contrairement au lin ou au chanvre, il n’existe pas encore de variété d’ortie optimisée pour une exploitation agricole intensive, ni de pratiques culturales éprouvées sur de grandes surfaces.
Le défibrage est un point de blocage majeur. Les machines existantes, conçues pour le coton ou le chanvre, ne sont pas adaptées à la structure de la fibre d’ortie.
Les volumes ne sont pas encore au rendez-vous. Passer de quelques hectares expérimentaux à une production capable d’alimenter des usines textiles suppose un changement d’échelle qui n’a, à ce jour, été réalisé nulle part en Europe. La filière manque aujourd’hui de fournisseurs en France comme à l’échelle européenne, ce qui implique de bâtir des structures capables d’assurer à la fois la production agricole et la transformation industrielle.
Ce que L’Ortinnov cherche à résoudre
C’est exactement l’objet du travail mené dans la région du Grand Est par LORT’ INOV, piloté par Agria Grand Est
1° Sélectionner une variété d’ortie adaptée à la culture intensive
2° Mettre au point un procédé de défibrage respectueux de l’environnement et économiquement viable
3° Analyser en parallèle la valorisation du reste de la plante, feuilles et racines, pour les secteurs nutraceutique et cosmétique.
Dans ce cadre, PROFILIA participe aux côtés de nombreux partenaires au développement de cette filière, en apportant son expertise en analyse de biomolécules végétales. Ensemble, ces acteurs œuvrent à l’insertion de l’ortie dans la sphère agricole et industrielle du Grand Est.
Bibliographie
Rouvier, S. (2022, 15 mai). 2700 litres d’eau dans mon t-shirt ! ALEC Lyon. https://www.alec-lyon.org/2700-litres-deau-dans-mon-t-shirt/
Dumont, J. (2025, 20 septembre). Nous accompagnons la filière ortie dans le textile avec le business model de l’entreprise régénérative. Nous Sommes Vivants. https://noussommesvivants.co/nous-accompagnons-la-filiere-ortie-dans-le-textile-avec-le-business-model-de-lentreprise-regenerative/
Deceuninck, A. (2025, 17 mars). L’ortie : une filière émergente prometteuse pour la bioéconomie. Chambres d’agriculture des Hauts-de-France. https://hautsdefrance.chambres-agriculture.fr/actualites/actualite/lortie-une-filiere-emergente-prometteuse-pour-la-bioeconomie
L’Ortinnov. (s.d.). Biomolécules. https://lortinnov.com/biomolecules/
Ministère de la Transition écologique. (s.d.). Ecobalyse : calculez le coût environnemental de vos vêtements. Notre-Environnement.gouv.fr. https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/ecobalyse-calculez-le-cout-environnemental-de-vos-vetements

